Norbert Fauteux (Association de protection du lac Magog) et Jean-Guy Dépôt (Conseil régional en environnement de l'Estrie) ont suivi avec intérêt l'audience publique du BAPE sur le projet d'agrandissement proposé par Waste Management, les 22 et 23 mai dernier. (photo : Dany Jacques)
Le BAPE remet tout en question
Le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) a remis en question le lien de cause à effet entre la contamination de l'eau et de la chair des poissons du lac Lovering avec le lieu d'enfouissement sanitaire de Waste Management.
Joseph Zayed, un détenteur d'un doctorat en santé publique, option toxicologie de l'environnement, qui préside la commission du BAPE analysant le projet d'agrandissement de Waste Management, a déstabilisé bon nombre d'écologistes et d'experts réunis au Club de curling de Magog, mercredi dernier.
Ce professeur à l'Université de Montréal a transmis son inconfort lors de la première partie consacrée à l'information. Il a remis en question les fondements de l'argumentation des opposants à l'expansion du lieu d'enfouissement, qui se basent sur la présence de BPC et d'autres métaux lourds.
Des éléments de réponses en provenance d'experts du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs lui ont fait conclure que la qualité de l'eau et celle de la chair des poissons du lac Lovering se comparent finalement aux autres lacs estriens.
Il y a quelques années, des études avaient donné des munitions aux opposants écologistes en ciblant le lieu d'enfouissement des déchets de Waste Management comme partiellement responsable de cette contamination. «Un jugement plus actuel nous permet de dire que la contamination ne peut effrayer les riverains, car on a vu des données plus élevées ailleurs», a admis sans s'alarmer une représentante du ministère de l'Environnement, Sylvie Cloutier.
Raymond Cloutier a rapidement brandi les conclusions de la même auteure, qui identifiaient à l'époque le lac Lovering comme l'un des plans d'eau les plus contaminés au Québec.
M. Cloutier a aussi profité de son passage devant la commission pour déposer des photos illustrant des trous dans les membranes dites imperméables.
Hélène Théroux, présidente de la Société de conservation du lac Lovering à l'époque des études mentionnées plus haut, était estomaquée en écoutant M. Zayed et les experts du ministère.
Elle se demande alors pourquoi les amphibiens ont disparu autour de sa résidence du lac Lovering. Mme Théroux rappelle aussi que, depuis quelques années, des riverains ont également détecté des odeurs nauséabondes de lixiviat, des centaines de goélands nuisibles, un déversement d'eau orangée, une eau brune chargée de sédiments, une mousse blanche dans un ruisseau en provenance du lieu d'enfouissement, etc. «Les citoyens sont donc inquiets et peu confiants en ce qui concerne l'agrandissement du site», insiste-t-elle.
13 requêtes inquiètent
13 requêtes demandant la tenue d'une audience publique ont été lues lors de la première journée de l'audience publique, mardi dernier. Les signataires sont une poignée d'individus, incluant des voisins du site, ainsi que des organismes comme la Société de conservation du lac Lovering, Memphrémagog Conservation Inc., le Conseil régional de l'environnement de l'Estrie, la Ville de Magog, la MRC de Memphrémagog et le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.
Le MCI rappelle que la logique veut que les déchets soient enfouis le plus loin possible du réservoir d'eau potable que représente le lac Memphrémagog pour 160 000 Estriens. Ses représentants craignent toujours les risques d'impacts environnementaux puisque la nouvelle technologie proposée par Waste Management n'a pas subi l'épreuve du temps. «Personne ne peut garantir la sécurité d'un tel site sur une longue période», avertit Gisèle Lacasse Benoit.
La MRC de Memphrémagog, par l'intermédiaire de la préfète suppléante Joan Westland-Eby, considère essentiel d'intégrer la migration potentielle des contaminants actuellement présents dans le site à l'évaluation des impacts de l'expansion proposée.
Le dépôt des mémoires se tiendra dans une seconde étape au Club de curling de Magog à compter du 18 juin.
Information supplémentaire au 1 800 463-4732.