Les représentants de deux groupes de pression opposés, Jean-Guy Gingras et Donald Langlais, sont demeurés sur leur position respective lors d'une séance publique du conseil municipal moins tumultueuse que la précédente. (photo : Dany Jacques)
Bibliothèque: le vent tourne à l'est
Le vent tourne dans le dossier de la future bibliothèque de Magog. La brise du lac Memphrémagog souffle doucement son emplacement de l'îlot Tourigny vers l'église Sainte-Marguerite-Marie.
Le conseil municipal de Magog dévoilait sa nouvelle position devant une salle comble à l'hôtel de ville, le 21 janvier.
Les élus magogois modifient leur orientation malgré trois résolutions ciblant l'îlot Tourigny, situé derrière le Centre communautaire et la bibliothèque actuelle. Le Comité de citoyens de Magog, qui a orchestré la récente pression populaire, gagne donc une première manche.
Les militants pour l'église Saint-Marguerite demeurent toutefois loin de la coupe aux lèvres. Les élus s'orientent en effet vers une étude de faisabilité sur l'implantation d'une bibliothèque dans l'église, mais ils préfèrent obtenir d'abord des réponses précises de la part de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, avant d'officialiser la démarche.
Une délégation magogoise, composée de Marc Poulin, Michel Bombardier, Linda Gagnon (dir. Loisirs et Culture), Gilles Bertrand (dg Magog) et Pierre Reid (député d'Orford), rencontraient d'ailleurs Mme St-Pierre, le 22 janvier. «On lui a soumis une série de questions touchant la possibilité d'augmenter notre subvention, de la transférer d'un site à l'autre et sur les sommes disponibles en matière de protection du patrimoine concernant l'église. On veut des vrais chiffres et une analyse en profondeur avant de prendre une décision finale », résume M. Poulin.
Aux anges
Le Comité de citoyens semblait aux anges après huit des douze interventions du public penchant vers l'église. Même les conseillers Alain Vanden Eynden et Serge Gosselin ont annoncé leur intérêt vers l'église au tour de table, tenu au terme d'une longue séance publique de deux heures et demie, mais plus calme que la précédente.
Le porte-parole du Comité des citoyens, Donald Langlais, a lancé le bal à la période réservée au public. Il a vanté les mérites «du fer de lance de la revitalisation du quartier des Tisserands». Il a aussi présenté une étude des architectes Rémi L. Petit et Luc Roy chiffrant une estimation budgétaire de 7 millions de dollars pour aménager la bibliothèque dans l'église Sainte-Marguerite-Marie, ce qui représente presque deux millions de moins que la facture proposée à 8,7 M $.
Gilles Larose, un membre de la Commission des monuments historiques du Québec qui possède aussi une propriété à Magog, a pris la parole pour tenter de convaincre les élus d'opter pour ce lieu de culte. «C'est le meilleur choix à faire avec une église. Ne plongez pas dans l'inconnu avec l'îlot Tourigny, car vous avez un bâtiment à votre disposition avec de solides fondations depuis des décennies», a-t-il commenté devant les applaudissements de la majorité du public.
L'ingénieur magogois François Théroux a profité de la période des Fêtes pour visiter de fond en comble l'église Sainte-Marguerite. Il craignait une détérioration de l'édifice, mais dit avoir constaté un bon état général, une solide structure et un excellent revêtement.
À ses yeux, ce lieu de culte cache de multiples possibilités pour une future maison de livres. «On ne nous impose rien. C'est comme un don des paroissiens qui lèguent aux Magogois pour un dollar une église valant entre 15 M $ et 40 M $. Ce projet coûtera 3 M $ de moins qu'à l'îlot Tourigny, une somme qui pourra servir à d'autres fins. La bibliothèque n'a pas l'obligation de se construire près du lac Memphrémagog, car il ne s'agit pas d'un attrait récréotouristique», disait-il en déclenchant une autre salve d'applaudissements.
Quelques autres interventions de la soirée ciblaient aussi les finances de la Ville et la réduction des dépenses. Des contribuables suggèrent fortement aux élus de réduire leurs idées de grandeur pour alléger le fardeau fiscal des contribuables, qui paient de plus en plus de taxes. «Vivons et gérons selon nos moyens», a lancé Marc Fortin.
Trois membres du Comité pour l'îlot Tourigny rappellent tout de même l'importance de ne pas rater le bateau. Son porte-parole Jean-Guy Gingras préfère profiter d'un dossier à maturité (îlot Tourigny) pour le conclure, en plus de créer un comité pour la relance de l'église Sainte-Marguerite et la revitalisation du quartier des Tisserands. «Des études précédentes placent l'îlot Tourigny en tête de liste, et l'église en quatrième position. Les coûts sont basés sur des chiffres du ministère et 30 % d'imprévus. Ça ne coûtera pas plus cher qu'ailleurs au Québec», alerte-t-il en craignant de reporter la construction de quelques années en optant pour l'église.
Bernard Caza milite aussi en faveur de l'îlot Tourigny. Ce président de la Société de développement commercial (SDC) du centre-ville de Magog croit à la pertinence de conserver la bibliothèque au centre-ville, ce lieu de rencontres qu'il compare aux perrons des églises d'antan.
Pour lui, il importe de regrouper les services dans un même secteur pour susciter un engouement et pour faciliter la vie des consommateurs. Lui qui possède deux églises, les Vieux clochers de Magog et de Sherbrooke, il pense que l'entreprise privée, jumelée ou non au public, peut créer de belles choses.
Les élus écartent la possibilité de mener deux importants dossiers de front, comme la bibliothèque à l'îlot Tourigny et la relance de l'église. Ils réclament du temps pour réfléchir, mais la décision risque d'être un choix déchirant.
Sans prendre position, Vicki May Hamm propose d'amorcer, en parallèle, une réflexion globale et plus vaste sur le patrimoine bâti. «Il existe 11 lieux de culte à Magog et neuf d'entre eux démontrent un intérêt pour les conserver. Sainte-Marguerite est la première église à fermer à Magog et il y en aura d'autres», prévient-elle.